Le-Bonheur-des-Mots

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Quand j'étais petite graine...(Adeline)

Quand j’étais petite graine

Quand j’étais petite graine, ni papa, ni maman, ne soupçonnait ma présence.

Quand j’étais petite graine, tout doucement j’entamais ma croissance.

Quand j’étais petite graine, papa et maman continuaient tranquillement leur belle romance.

Quand j’étais petite graine, mes parents profitaient pleinement de leurs vacances.

Et puis, toujours lorsque j’étais une petite graine, maman a commencé doucement à se douter de mon existence.

Maman profitait sereinement de ses congés, de ses amis, elle bougeait à tout bout de champs. Mes parents avaient d’ailleurs passé leurs vacances à sillonner les routes de l’Europe, lorsque, moi, petite graine, je pointais le bout de mon nez. Mon arrivée a d’ailleurs été estimée sur la route du retour de l’Italie, la dolce vita les avait sûrement conquis.

Et lorsque j’étais en train de me nicher tendrement dans l’antre de ma maman, celle-ci me faisait pédaler de Mérignac à Floirac, pour rejoindre sa drôle de bande de joyeux lurons qui s’adonnaient à l’écriture.

Ainsi, les mois d’Octobre et de Novembre se sont-ils déroulés.

Vint enfin, la semaine d’anniversaire de maman ; celle-ci sentait poindre tout doucement quelques drôles de changements. Des douleurs par-ci jusqu’alors inconnues, des désagréments nocturnes jamais rencontrés. J’envoyais des signaux, mais elle mit quelques jours pour comprendre que mon contrat de location avait déjà débuté depuis un moment.

Et le jour de son anniversaire, celle-ci n’en pouvant plus, fit le test et entreprit de préparer une belle surprise pour l’annoncer à papa. Ceux-ci s’en revenaient d’une belle matinée bien chargée et le midi, maman avait caché une petite paire de chaussettes dans l’assiette de papa. Papa, légèrement perché, prit une minute pour comprendre mais devint très fier de son succès. 

 

 

 

 

 

 

Quand j’étais petit, maman et ses amis écrivains ont joué à m’écrire de jolis contes.

Maman avait choisi le thème « quand j’étais une petite graine ».

Eh bien, je vous le dis, j’ai eu 16 ans et la petite graine, c’est moi qui la plantais. N’allez pas imaginer que je parle de filles, non ! Je parle de plantes vertes, de jardinage, de nature, d’herboristerie. Tous mes copains fument, alors j’ai essayé. Honnêtement, venant de la plante, cette petite pousse est for succulente et bien odorante. Bon, les parents ne sont absolument pas contents ! Maman peste et papa essaie de me raisonner. Il me fait rire, je l’ai entendu parler avec sa mère, ma grand-mère Mamina et il tente d’appliquer avec moi, les conseils de Mamina. Les conseils qu’elle a appliqués avec lui quand il était jeune. Alors j’ai eu droit à des lectures ennuyeuses mais obligatoires, soporifiques mais contrôlées, traitant de la drogue et de ses effets et conséquences. J’ai lu, à contrecœur ! ce n’était pas si déplaisant … puis on m’a questionné sur les contenus des livres. Vive le dialogue et la communication.

Le problème, dans la famille, c’est qu’on a la main verte. Du côté paternel. Alors je me débrouille super bien pour m’occuper de mes belles plantations. J’ai, de surcroit, appris que plus jeune, papa et sa grand-mère, mamie Liliane, s’en donnaient à cœur joie pour planter et récolter. Alors je ne vois pas pourquoi, moi, aujourd’hui, je n’aurai pas le droit de faire pareil que mon papa. J’ai de beaux et grands pieds bien cachés de la vue des voisins, je ne vends pas, je n’achète pas. Je donne et partage avec les copains. Eux, sont ravis ! je ne suis pas un dealer, j’ai juste la main verte et je plante des graines…

Et puis, un jour, au cours d’une soirée, je suis tombé sur José, il m’a fait goûter des trucs, tester d’autres … ça a bien plané pour moi cette soirée-là. Le souci, c’est que le lendemain, j’avais très envie de recommencer, de reprendre une petite pilule ou un petit cachet. Le manque a été crescendo. En soirée, je consommais de plus en plus. Il m’en fallait toujours et encore d’avantage. José ramenait toujours une chose nouvelle et surtout superbe. Je prenais systématiquement ce qu’il proposait.

Aujourd’hui, j’ai 25 ans, j’écris depuis ma quatrième cure de désintoxication. Le sevrage est violent, j’ai envie de retrouver ces sensations exquises de surpuissance et de planage. Mes parents veillent au grain, me suivent. A chaque sortie, je replonge. L’envie est trop forte.

Oui, un jour, j’ai été petite graine, mais aujourd’hui j’ai besoin d’en planter… encore et encore.

 



18/06/2017
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