Le-Bonheur-des-Mots

Le-Bonheur-des-Mots

Mon salon, à moi, de l’agriculture _ rayon mécanique (Gérard Policand)

Un jour dans le village, un monstre est arrivé. 
Il s’est arrêté devant l’école, vous savez, la petite école des Hérauts. 
En le voyant, tous les petits sont allés se blottir au fond du préau… Mais à l’école des Hérauts, il y avait tous les âges, du petit de 5 ans au grand de 14 ou même 15 ans s’il était poursuivi par les études. … 
Un grand qui n’avait peur de rien ( même pas de dire des gros mots derrière le dos de la maîtresse) s’est approché. Il a regardé ce monstre rouge-sang de colère, dont les yeux projetaient de la lumière, qui crachait une fumée noire d’enfer, dont les pattes toutes rondes et toutes noires n’avaient aucun poil, qui portait une rangée de dents d’acier sur le côté et deux énormes canines derrière les fesses…D’un bond, il a grimpé sur son dos…là il a trouvé non une selle comme les chevaux, mais un siège de fer… Il s’est assis. Une espèce de champignon se trouvait vers son pied droit…il l’a écrasé, le monstre s’est mis à hurler ! Devant lui se trouvait un rond bizarre, il l’a fait bouger…ça faisait bouger les roues du monstre ! Il a poussé en avant le manche à balai qui se trouvait entre ses jambes… LE MONSTRE S’EST MIS A AVANCER !!! Il a bricolé on ne sait quoi encore et les dents d’acier se sont allongées sur le sol pour venir manger le foin du champ… 
Tout le monde s’est mis à crier : « ARRETE ! ARRETE ! IL VA PETAFINER LE FOIN DES VACHES !! » 
Mais le monstre a fait un tour, deux tours trois tours du champ et, en peu de temps, le foin était coupé aussi bien que par la faux du paysan… Et le monstre est venu se ranger au bord du champ et s’est tu… 
Alors, dans le pays ce fut l’engouement : « FORMIDABLE ! Il fauche en un clin d’œil, il traîne les chars, il laboure les champs, il déplace même si on veut les gros rochers qui gênent au bord des chemins… » 
OUAIS ! Mais un beau jour un cheval a disparu… Le monstre n’y était pour rien : il se contentait de boire une infâme mixture appelée gas-oil ! Puis, un autre cheval, et petit à petit, tous les chevaux du pays ont disparu ! …Et puis, nos vaches, nos belles vaches de Villard de Lans, toutes dorées, avec des cornes en forme de lyre et couleur de miel, celles qui étaient les amies et la fierté des paysans, furent contaminées par une drôle de maladie : leurs veaux, au lieu d’être dorés comme leur mère naquirent jaillets : blanc et rouge ou blanc et noir parfois tout blancs ou tout noirs… tout changea dans les hameaux….Les paysans qui avaient toujours pratiqué l’entraide se mirent à se surveiller les uns les autres, à se méfier, à se jalouser… Personne ne s’émut de voir partir le premier un soir d’automne, ni le second, ni le troisième : ça faisait de la place pour que les nouveaux monstres qui pullulaient puissent s’ébattre… les garnements venaient casser les vitres, le vent emportait les tuiles et les tôles… Et cela dura pendant près de trente ans…jusqu’au jour où les derniers survivants 
S’aperçurent que leur tour allait arriver… Ils chevauchèrent les monstres devenus énormes, envahirent la plaine, arrêtèrent les trains, coupèrent les routes, déversèrent du fumier devant la préfecture… Mais c’était bien trop tard ! Le monstre, comme les virus, avait muté. Il avait pris la forme d’une petite fenêtre avec des boutons devant….Il était entré en ville, avait pénétré dans les usines, LA, il avait remplacé dix secrétaires 100 comptables 100 000ouvriers… EH ! oui ! que voulez-vous ! le monstre de mon temps s’appelait tracteur… celui de mes petits-enfants a nom ORDINATEUR !!!! 


note: les "jailles" sont les vaches pies dans notre vocabulaire

 

Gérard Policand



25/02/2017
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