Le-Bonheur-des-Mots

Le-Bonheur-des-Mots

Labour (Gérard Policand)

LABOUR

Avant de se coucher,il a ferré l’oeillon* *l’aiguillon

Préparé les charreux*, les chaînes, les timons. *support arrière de charrue

Il a fermé les yeux pour une courte nuit,

Car demain, dès l’aube, ce serait la charrui…* *charrue

Et puis, dès le réveil, il a chaussé les bottes

Etalé sur du pain, du beurre de la motte,

Bu un bol de lait frais et saisi son béret.

Dans la douce étable – dehors, il fait frisquet,

I l a mousu* en hâte ses bêtes les plus fortes, *trait

Les a liées au joug sur le seuil de la porte

Et les voilà partis dans le clair du matin

Les roues de la charrue geignant sur le chemin.

Par sa femme conduite à l’angle de l’étouble,* *l’éteule

Les vaches alignées forment déjà la couble.

D’un geste, les charreux se tirent à l’écart

Une main sur la queue, prêts pour le départ.

Tout doux !Tout doux, MIGNONNE, en avant

la PARISE

CHARMANTE Ah !Ah ! Allons donc

la MARQUISE !

Le sol se révulse et glisse au versoir.

Les cailloux s’effaçant crissent de désespoir.

Un mulot qu’on surprend s’affole en courant.

Les racines inversées lèvent un doigt saignant.

Oh !Là ! Arevireu ! arré MARQUISE , arré ! * *on retourne

La charrue lentement tourne sur ses oreilles.

Les bêtes obéissantes vont retrouver la raie.

Le MAITRE encore enferre, et appuie, et surveille

Le faux-pas de la garce qui va dans le labour

Ou du roc qui d’un coup bloque dans un bruit sourd.

Et ainsi de sillon en sillon et sillon

Parsemé çà et là de quelques oisillons

Le champ couvert de plaies comme un long supplicié

Expose au vent de l’aube son dos de flagellé

Avant que ne surgisse triomphant du destin

La plantule ténue qui tarira la faim.

 



03/03/2017
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