Le-Bonheur-des-Mots

Le-Bonheur-des-Mots

L'Art Roman de Câpres et d'épais (Serge JB )

Bien avant que les oeuvres monumentales ne se pavanent devant les yeux incrédules des visiteurs
asiatiques, une fameuse époque architecturale prospéra (yop-la-boum) dans plusieurs régions de
l'hémisphère nord, et une bande côtière assez réduite de l'hémisphère sud.
On n'en connaît malheureusement aucune trace visible contemporaine, les nombreuses migrations
humaines ayant, au fil des haltes, consciencieusement démoli, puis récupéré les éléments de
construction. Aujourd'hui, par exemple, plusieurs monuments grandioses de notre belle contrée sont
presque entièrement constitués de ces vestiges récupérés, dont l'origine est indiscutablement du
règne de l'art Roman de Câpres et d'épais.
L'histoire ce cette découverte mérite d'être rapidement contée .
Le 16 Mai 1896, le Vicomte Henri-Pierre De Latombale faisait comme chaque matin que Dieu
faisait (lui aussi), le tour de son château familial.
Cette bâtisse, commencée dans les années trois cent cinquante (après J-C), fut constamment en
évolution, par l'ajout de diverses ailes et bâtiments annexes, en plus des quatre vingt trois pièces
d'habitation réparties sur l'ensemble de l’oeuvre. La dernière partie aménagée, le fut par l'arrière
grand père du Vicomte, de retour d'une croisade improvisée en 1291, celui-ci s'étant égaré lors d'une
chasse et mis sans le vouloir dans le convoi de secours aux assiégés de la ville et la forteresse de
Saint Jean d'Acre.
Passablement fauché, le coût du rapatriement depuis Beyrouth lui ayant coûté la peau des fesses, le
Chevalier Marcel-Pierre de Latombale fit ériger une tour à usage d'habitation d'une hauteur de 68
pieds, en traditionnel, simple vitraux, planchers et poutrelage bois.
Par souci d'économie, il fit détruire une ancienne salle des gardes, devenue inutile après
l'automatisation du pont-levis, avec l'idée de récupérer les appareils de pierre, qui n'eurent de fait
que peu de modifications à subir. Il confia les travaux avec un contrat 'Onoir', assez usité à l'époque
qui se concluait par le choc des paumes de mains des contractants et l'émission de la phrase type :
'Cochon qui s'en dédit! Mort aux cons!' . Les ouvriers immigrés (déjà) étaient tous des Goths, qui
ne s'embarrassaient pas des canons romains de construction. Ils bâtissaient rapidement avec un
entrain qui faisait l'admiration des curieux, des voûtes élancées et des planchers très minces
(délirium), qu'ils affectaient en riant de l'adjectif 'goth hic'. Lors de l'assemblage de ces éléments de
récupération, personne ne remarqua les étranges gravures posées sur quelques faces des pierres de
construction.
Les 'goths' besogneux, ne voulant pas se farcir le redressage des faces gravées, les mirent dans les
joints, ce qui eut pour effet de les planquer pour l'éternité.
C'était sans compter sur le coup de pouce du hasard et de la gravitation qui en ce matin du 16 Mai
1896 mit un point final à cette éternité, en faisant chuter, à quarante bon centimètres du crane du
Vicomte un encorbellement complet du linteau de la la fenêtre ogivale du troisième niveau.
Henri-Pierre fit un pas en arrière et les pierres tombèrent avec un bruit de pierres tombant sur le sol.
A ses pieds une dizaine de blocs en assez bon état se répandirent en accord avec la loi de la liberté
individuelle des corps dans le vide (dite loi CRS1) .
-Vertubleu ! S'écria le Vicomte qui avait des lettres en couleur.
Il regarda en l'air, supputant une suite à cet envoi, mais ne remarqua rien de troublant, en dehors du
trou béant correspondant au linteau disparu. Baissant son regard, il examina les blocs épars et
remarqua tout de suite les gravures. De fines traces profondes de quatre millimètres qui donnaient à
la surface l'aspect granuleux d'un tas de noisettes.
Il était pensif devant ce motif, et constata que presque toutes les faces jointées étaient gravées de la
même façon.
Il avait quelques notions de technique du bâtiment, ayant, à l'age de 8 ans, entièrement construit de
ses mains une superbe cabane dans le gros acacia du parc, cabane qui avait, peu de temps après,
abrité l'ensemble de ses travaux dirigés par Fanette, la fille du cuisinier en chef. Plus tard il avait
retapé une écurie avec Josette et un lavoir en granit avec Arlette. Sa lubie des prénoms en 'ette' fit
craindre un moment à son précepteur une déviance, mais la puberté vint calmer cela, et ils purent
avoir une liaison sereine.
1 Conditionnement Rapide des Suspects
A genoux devant les blocs, il tentait d'ajuster deux faces en vis-à-vis. Le motif gravé empêchait
l'ajustement parfait, et il constata que le jointoyage à réaliser était du type épais.
C'était, peut-être, la cause de la déstabilisation du pan de pierres.
Ne pouvant rien faire de plus et ayant un planning chargé, il regagna le château, non sans avoir
indiqué au père de Fanette, devenu depuis majordome, de rassembler les blocs et de les faire porter
dans les écuries.
Une semaine passa à l'allure normale.
Notre Vicomte commença alors à penser à la réparation du trou béant au dessus de la fenêtre du
troisième, et ayant reçu l'accord de son assurance, chercha un maçon capable de réaliser les travaux.
Il eut un mal de chien à mettre la main sur un tailleur de pierre qui ne fut pas ailleurs, et un maçon
capable de travailler avec un contrat 'Onoir'.
Mais il trouva un, comme quoi l'obstination...!
A cinq lieues, dans un village paumé, vivotait un ancien tailleur de pierre en disponibilité. C'était
justement un descendant de 'goths' qui répondait au nom de Panestrelli.
Ce nom, à priori bizarre pour un descendant de goths confirmait l'influence des raves-parties
génoises et siciliennes dans l'état civil rural.
Mais il était tailleur, et accepta le contrat Onoir.
C'est quand il vit les pierres, alignées sur le sol en terre battue des écuries, qu'il tomba à genoux.
Caressant de la main les surfaces gravée, il pleurait doucement, la respiration coupée par d'énormes
sanglots.
Henri-Pierre resta muet devant l'émotion visible du tailleur. Était-ce le contact du matériau ? La
forme ? Des souvenirs évoqués ?
Panestrelli se releva et, se tournant vers le Vicomte se mit à parler avec un fort accent des environs
de Piana.
-Ces pierres sont d'authentiques pierres taillées aux Câpres, pour joints épais ! Je les croyaient
disparues. Leur existence circule dans la famille depuis toujours, transmise de nounou à fiston, mais
personne n'en a vu depuis longtemps ! Vous voyez seigneur, cette face granuleuse ? Et bien c'est une
surface dite 'au câpres', à cause de la forme et des dimensions exactement identiques à celles du
bouton floral du câprier! Du grand art !
Ça vient des Romains ! Avec cette finition on peut éviter le redressage précis, gagner du temps et
coller un joint épais qui facilite le positionnement ! C'est du vrai génie ! Ah Ah, Ah, Ah !
Il sanglotait de plus belle.
Le Vicomte dit à voix basse :
-...c'est peut être du génie, mais ça vient de tomber !
Panestrelli blêmit et vrilla ses pupilles dans celles du Vicomte :
-C'est tombé parce que le joint est un joint de merde !
Encore du travail de Sarrasin ! Il n'y a même pas de mortier, juste du sable et encore ! Peut-être
qu'ils ont mis de la bouse !
Les travaux furent fait, le linteau remonté et toutes les pierres visitées par Panestrelli qui colla une
facture d'enfer au Vicomte Pierre de Latombale.
De fait, la qualité fut là, car on peut encore admirer, intact, cet exemplaire unique d'art Roman de
Câpres et d'épais que d'Artagnan n'eut pas renié

 

 

Serge J B



10/11/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 28 autres membres